Jeudi 2 octobre 2008
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Bienvenue sur le blog
"lire-camus".
Ce blog ne prétend pas être original... comment
pourrait-il l'être ? Camus, Camus... oui, c'est vrai, tout le monde connaît Camus !
Mais j'ai envie
de parler de lui. De dire ce qu'il m'a appris. De lire et relire ce qu'il a écrit.
Et de parler aussi de Meursault et
de Caligula, ces deux incompris.
Ce blog va s'inspirer d'un travail de recherche effectué en 2002-2003, lors de mon année de maîtrise. Le sujet : "Distance et distanciation dans l'écriture romanesque et théâtrale d'Albert
Camus."
"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du
soleil."
René
Char, Fureur et
mystère, "Feuillets d'Hypnos"
Premiers pas...
Qui n'a jamais entendu parler
de L'Étranger d'Albert
Camus ? Classé premier livre du XXème siècle par six mille Français lors d'un sondage fait par la Fnac et Le Monde en 1999, le roman qui a rendu Camus célèbre est considéré comme un véritable
chef d'oeuvre. Mais n'oublions pas cette boutade d'Hemingway : "Un chef d'oeuvre est un livre dont tout le monde parle et que personne ne lit." Car si l'on
connaît L'Étranger, il est fort peu
probable que l'on connaisse vraiment Meursault, sur qui les clichés abondent.
La première phrase de L'Étranger, que tout le monde se targue de connaître par coeur, est malheureusement trop souvent victime d'un
cliché erroné. C'est ainsi que Frédéric Beigbeder, dans le première édition de Dernier inventaire avant
liquidation, commet cette erreur impardonnable : "Aujourd'hui, ma mère est morte." Penser que Meursault aurait pu dire "ma mère", alors qu'il ne peut dire que "maman", c'est bien peu le
connaître.
Mais quelle différence, pourrait-on dire, entre "ma mère" et "maman" ? Justement, toute la signification de
L'Étranger est là, dans la différence sémantique entre ces deux termes, dont chacun sous-tend un rapport plus ou
moins distancié avec le référent. Et si l'erreur de Beigbeder est grave, c'est bien parce que la question de la distance est essentielle dans l'oeuvre de Camus.
Qui n'a jamais entendu parler de ce fameux empereur romain devenu fou, Caïus, mieux connu sous le nom de
Caligula ? Souvenons-nous de ces vers de Racine :
De Rome, pour un temps, Caïus fut les délices
;
Mais, sa feinte bonté se tournant en
fureur,
Les délices de Rome en devinrent l'horreur.
Racine, Britannicus, Acte I, scène 1 (vers 40 à 42)
S'inspirant essentiellement de
La Vie des douze Césars, où Suétone fait un portrait détaillé de Caligula, Camus met en scène, comme il le dit lui-même, un "tyran intelligent". Caligula est un tyran
qu'il faut connaître pour comprendre. Et mieux vaut le connaître avant de le condamner, car celui que nous qualifions d'impitoyable tyran ne nous est pas si... étranger que cela :
Non, Caligula n'est pas mort. Il est là, et là.
Il est en chacun de vous. Si le pouvoir vous était donné, si vous aviez du coeur, si vous aimiez la vie, vous le verriez se déchaîner, ce monstre ou cet ange que vous portez en
vous.
Carnets, janvier 1937
Caligula
est un drame ; L'Étranger, un roman. Ils forment,
avec Le Mythe de Sisyphe, le "cycle de l'absurde", que Camus a imaginé vers la fin de l'année 1938. Meursault, "garçon sans importance
collective", et Caligula, tyran reconnu à travers les siècles, sont, malgré tout ce qui les sépare, des héros absurdes qui ont la même certitude. Et comme le signale Bernard Pingaud, "on
sent bien qu'une parenté secrète unit les deux personnages, comme si l'un était l'envers de l'autre."
Meursault et Caligula sont,
autant l'un que l'autre, des personnages atypiques, que nous pensons connaître, mais qui nous échappent la plupart du temps. Il y a entre eux et le lecteur une distance originelle qu'il
faudra essayer de réduire.
Pourquoi parler de
distance et de distanciation (pour connaître
la différence entre distance et distanciation, voir la page correspondante : cliquer sur le lien indiqué, en haut à droite) dans l'oeuvre romanesque et théâtrale d'Albert Camus ? Pour prendre de la distance par rapport aux clichés habituels. Ces
termes semblent, "a priori", se justifier. Que l'étranger soit distant, tout un chacun pourrait en convenir. Qu'il soit difficile de s'identifier à un tyran, personne ne pourrait le
nier. Mais voilà... les clichés apparaissent déjà. Distance et distanciation, d'accord...
mais quelle distance pour quelle distanciation, tel est le véritable problème. Meursault n'est pas distant comme on le croit, Caligula non plus, et la distanciation que l'on veut opérer
n'est pas la plus urgente. L'oeuvre de Camus est un vaste jeu de piste où il est facile de se perdre.
Première épreuve : le titre de L'Étranger. Premier indice : le sous-titre de Caligula, "Le
Joueur".
"Un homme est plus un homme par les choses qu'il tait que par
celles qu'il dit."
Albert
Camus, Le Mythe de Sisyphe
Par Emilie
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